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P2Bâtir

L'ambition et la valeur

Construire une ambition audacieuse et motivante avec un BHAG

7.1 — Introduction : L’audace comme moteur de transformation

Les entreprises qui réussissent leur transformation partagent un point commun : elles s’appuient sur une ambition claire, inspirante et fédératrice. Il ne s’agit pas seulement d’avoir une mission ou une vision, mais d’être porté par une ambition qui dépasse le quotidien, un objectif si grand qu’il redéfinit l’identité même de l’organisation. C’est précisément ce que permet un BHAG, acronyme de Big Hairy Audacious Goal, que l’on peut traduire par « Objectif Grandiose, Poilu et Audacieux ». Ce concept, introduit par Jim Collins et Jerry Porras dans Built to Last → lecture (1994), vise à donner aux entreprises une boussole puissante, un cap ambitieux qui mobilise l’ensemble des énergies autour d’un projet de long terme. Un BHAG n’est pas un simple slogan ou une intention vague ; il incarne une projection dans l’avenir qui oblige à repenser son organisation, ses priorités et sa manière de créer de la valeur. C’est un défi qui ne peut être relevé qu’en osant sortir du cadre, en assumant une prise de risque mesurée mais réelle. De nombreuses entreprises se limitent à des objectifs modestes, calibrés sur des horizons de trois à cinq ans. Un BHAG, lui, vise au moins une décennie, parfois plus. Il force à adopter une posture de transformation permanente, où la résilience et la capacité d’adaptation deviennent les principales compétences stratégiques. Il ne s’agit donc pas seulement d’un rêve inspirant, mais d’une trajectoire qui structure l’ensemble des décisions et oriente chaque action vers un futur ambitieux et audacieux.

7.2 — Pourquoi un BHAG est essentiel dans une transformation d’entreprise

Exécution projet
L'excellence dans l'exécution est une discipline — pas un talent.

Trop souvent, les entreprises entrent dans des cycles de transformation sans une destination claire. Elles se concentrent sur des projets d’amélioration continue, sur l’optimisation de processus ou sur la mise en place de nouveaux outils, sans articuler ces efforts autour d’une ambition unificatrice. Or, sans cap précis, ces transformations peinent à générer un impact durable. Elles s’épuisent dans des changements successifs, sans ancrage stratégique solide. Le BHAG permet précisément d’éviter cet écueil : il offre une direction qui dépasse le simple cadre opérationnel, il donne du sens aux efforts déployés et aligne l’ensemble des parties prenantes sur un horizon commun. Un BHAG joue ainsi un triple rôle fondamental. D’abord, il fédère. Dans un monde en perpétuel changement, où les entreprises doivent s’adapter à des contextes mouvants, le BHAG agit comme un point de stabilité. Il structure les décisions et permet d’unifier les collaborateurs autour d’une ambition partagée, bien au-delà des seuls résultats financiers. Ensuite, il stimule l’innovation. En fixant un objectif tellement audacieux qu’il semble inatteignable avec les moyens actuels, il pousse à réinventer les pratiques, à sortir des modèles établis et à explorer des voies nouvelles. Enfin, il renforce la résilience organisationnelle. En offrant une perspective de long terme, il permet de traverser les périodes de turbulence avec une vision claire, en évitant la dispersion et l’essoufflement. L’histoire des grandes entreprises est jalonnée de BHAG qui ont changé la donne. Lorsque John F. Kennedy a déclaré en 1961 que les États-Unis enverraient un homme sur la Lune avant la fin de la décennie, il ne se contentait pas de fixer un objectif scientifique : il posait un défi qui allait révolutionner l’industrie aérospatiale et catalyser des avancées technologiques majeures. Plus récemment, des entreprises comme Tesla ont adopté des ambitions comparables. Son BHAG ? « Accélérer la transition mondiale vers une énergie durable ». Cet objectif dépasse largement la simple production de voitures électriques ; il implique une refonte totale des infrastructures énergétiques, de la manière dont nous produisons, stockons et consommons l’énergie. C’est ce type d’objectif qui transforme des industries entières.

→ Voir aussiCh.4 — La vision comme moteur

7.3 — Les caractéristiques d’un BHAG réussi

Organisation et flux
L'organisation est un système en flux continu.

Un BHAG ne se décrète pas à la légère. Pour qu’il soit efficace, il doit répondre à plusieurs critères. D’abord, il doit être ambitieux, au point de susciter à la fois admiration et scepticisme. S’il semble immédiatement atteignable, ce n’est pas un BHAG, mais un simple objectif stratégique. Ensuite, il doit être clair et compréhensible. Une ambition trop floue ne mobilise pas ; elle doit être formulée de manière explicite, sans jargon technocratique, de façon à être mémorisable et inspirante pour l’ensemble des collaborateurs. Un bon BHAG doit également être émotionnellement engageant. Il doit faire vibrer, donner envie de se dépasser. Il ne s’agit pas d’un objectif froid et purement rationnel, mais d’un projet qui touche à la raison d’être même de l’organisation. Enfin, il doit être aligné avec l’ADN de l’entreprise. Un BHAG artificiel, qui n’a aucun lien avec l’histoire, les valeurs et les compétences de l’organisation, restera lettre morte. Prenons l’exemple d’Amazon. Son BHAG initial était de devenir « l’entreprise la plus centrée sur le client au monde ». À première vue, cela peut sembler vague, mais c’est précisément cette ambition qui a structuré son modèle économique : mise en place de la livraison en un jour, développement de l’IA pour anticiper les besoins des clients, diversification dans des secteurs aussi variés que le cloud computing, la logistique et même la production de contenus. Amazon ne s’est pas contenté de vendre des livres en ligne : elle a repensé entièrement la relation entre un consommateur et une entreprise. Voilà ce qu’un BHAG bien construit permet d’accomplir. Pour orienter la création d’un BHAG, Collins et Porras ont identifié quatre grandes catégories. Modèle à suivre : L’entreprise choisit de s’inspirer d’un leader reconnu, par exemple en aspirant à devenir « le Uber de son secteur » ou « le Google de la data ». Ennemi commun : Ici, le but est de surpasser un concurrent majeur ou de « battre » les meilleurs acteurs de l’industrie, stimulant ainsi l’émulation interne. Ciblage : L’organisation se fixe un objectif spécifique et ambitieux, tel que devenir une entreprise valorisée à plusieurs milliards ou atteindre un seuil symbolique de part de marché. Transformation interne : Cette catégorie s’adresse plutôt aux structures établies qui cherchent à se réinventer, en insufflant une nouvelle dynamique et en redéfinissant leurs modes de fonctionnement. De nombreux exemples de BHAG ont marqué l’histoire récente. L’objectif de SpaceX, « permettre l’exploration et la colonisation humaines de Mars », fait rêver bien au-delà de la seule sphère aérospatiale. Meta (anciennement Facebook) a, de son côté, proclamé vouloir « rendre le monde plus ouvert et connecté », tandis que Google s’est donné pour mission « d’organiser l’information mondiale et de la rendre universellement accessible et utile ». Ces énoncés sont suffisamment audacieux pour inspirer les employés, les partenaires et même le grand public. Au-delà du simple slogan, un BHAG oblige l’organisation à aligner ses ressources, ses compétences et sa stratégie sur un horizon ambitieux, déclenchant une dynamique de changement souvent décisive pour la réussite à long terme.

7.4 — Concevoir et mettre en œuvre un BHAG dans son entreprise

Construire un BHAG demande du temps et une réflexion approfondie. Il ne s’agit pas d’un exercice théorique, mais d’un engagement structurant pour l’avenir de l’organisation. Un bon point de départ est d’analyser son cœur de compétence : quelles sont les forces uniques de l’entreprise, ce qu’elle fait mieux que quiconque ? Un BHAG pertinent repose sur une identité forte et ne cherche pas à imiter les concurrents, mais à transcender les capacités existantes. Ensuite, il est crucial de tester l’ambition auprès des équipes : un BHAG ne doit pas être perçu comme une lubie de dirigeants, mais comme un projet mobilisateur. Il faut donc impliquer largement les collaborateurs, les challenger, les amener à co-construire cette ambition. Une fois défini, un BHAG doit être ancré dans la stratégie de l’entreprise. Cela implique une déclinaison progressive en objectifs plus tangibles, un alignement avec les plans opérationnels et un suivi régulier. Le risque principal est de voir le BHAG rester un concept abstrait, sans traduction concrète dans les décisions quotidiennes. C’est pourquoi il doit être accompagné d’une gouvernance claire, de rituels qui en assurent le suivi et d’indicateurs permettant de mesurer les progrès accomplis.

7.5 — Comment utiliser efficacement la notion de BHAG

Provoquer l’audace et la vision à long terme

Pour donner vie à un BHAG (Big Hairy Audacious Goal), la première étape consiste à encourager une réflexion audacieuse lors de workshops stratégiques ou de réunions de direction. Il est essentiel de se libérer des contraintes actuelles, qu’elles soient financières, organisationnelles ou technologiques, afin de projeter l’entreprise dans un futur idéal. Des questions du type : « Si nous n’avions aucune limite, que souhaiterions-nous accomplir ? » ou « À quoi ressemblerait notre entreprise dans dix ans si tout se passait parfaitement ? » aident à formuler des idées ambitieuses. Cette phase, souvent sous-estimée, est cruciale pour susciter l’enthousiasme et la créativité nécessaires à l’élaboration d’un BHAG véritablement mobilisateur.

Relier l’ambition à la réalité et mesurer la faisabilité

Une fois la grande idée formulée, il convient de la rattacher à la réalité de l’entreprise. Définir des indicateurs précis permet de vérifier la faisabilité du BHAG et de s’assurer qu’il n’est pas un simple vœu pieux. Par exemple, si une entreprise vise à devenir le leader mondial de son secteur, elle devra évaluer sa position actuelle, ses forces distinctives, son environnement concurrentiel et les ressources à mobiliser. L’analyse peut s’appuyer sur des outils tels que l’étude SWOT, la matrice d’alignement stratégique ou des benchmarks sectoriels. L’objectif est de dégager des jalons concrets (comme des paliers de croissance, des parts de marché ciblées ou des seuils de rentabilité) pour rendre l’ambition crédible et actionnable.

Incarner la vision et favoriser l’engagement collectif

Le BHAG doit être à la fois simple et inspirant, de sorte que tous les collaborateurs puissent s’en souvenir et s’y identifier. Il ne suffit pas de l’inscrire dans un document ou de l’évoquer une fois par an : il doit se transformer en véritable « cri de ralliement ». Cela passe par une communication régulière et des rituels qui rappellent l’objectif à chaque étape du parcours. Par exemple, intégrer le BHAG dans les discours de lancement de projets, dans les réunions d’équipes ou dans la signature des courriels peut renforcer son impact. Le leadership doit être exemplaire : les dirigeants et managers sont les premiers ambassadeurs de cette ambition et doivent incarner au quotidien la passion et la détermination qu’elle requiert.

Décliner le BHAG en plan d’action et en projets structurants

Pour éviter que le BHAG ne demeure un slogan déconnecté de la réalité, il est indispensable de le décliner en projets concrets et en objectifs intermédiaires. Cette démarche se rapproche de la planification stratégique classique : on segmente l’objectif global en étapes successives, qu’il s’agisse d’échéances trimestrielles ou de paliers de maturité à atteindre. Les équipes doivent savoir clairement comment leurs actions quotidiennes contribuent à la réalisation du BHAG. Dans cette optique, des tableaux de bord partagés, des indicateurs de performance clés (KPIs) et des revues régulières de l’avancement créent un cadre rigoureux. Ils aident à mesurer la progression, à identifier les obstacles et à ajuster la trajectoire sans perdre de vue la finalité à long terme.

Ancrer la culture du BHAG et assurer la poursuite dans le temps

Enfin, l’intégration durable du BHAG dans la culture d’entreprise est essentielle pour maintenir la motivation sur plusieurs années. Au-delà des plans d’action, il convient de faire vivre l’ambition dans les processus RH (recrutement, formation, évaluation) et dans la façon de récompenser les réussites. Lorsque les collaborateurs constatent que les efforts entrepris pour atteindre l’objectif sont valorisés et reconnus, ils s’approprient pleinement la démarche. Il est également judicieux de célébrer les victoires intermédiaires et de partager les apprentissages tirés des échecs. En procédant ainsi, l’entreprise instaure un cercle vertueux où l’audace, soutenue par un cadre de suivi rigoureux et une communication inspirante, devient un véritable levier de transformation et de réussite collective.

7.6 — En synthèse

Le BHAG n’est pas un simple exercice intellectuel, c’est un moteur de transformation. Il pousse l’entreprise à se dépasser, à repenser son rôle, à innover en permanence. Il constitue la première pierre d’une transformation durable, mais pour être efficace, il doit être complété par une approche méthodique qui assure la transition entre ambition et exécution. C’est précisément ce que nous verrons dans le prochain chapitre, en explorant la méthode BOO (Bénéfices, Outcomes, Outputs), qui permet de traduire une grande ambition en impacts mesurables et prioritaires.

Prioriser les impacts réels : Analyse bénéfices / outcomes / outputs (BOO)

Vision et ambition
BOO — Bénéfices, Outcomes, Outputs : piloter par la valeur, pas par les livrables.
Modele BOO
Le modele BOO — trois niveaux d'impact pour piloter la valeur

Lorsqu’il s’agit de projets de transformation, une des erreurs les plus fréquentes est de confondre les moyens (les outputs) avec les résultats attendus (à savoir les bénéfices) ou encore avec les jalons mesurables (à savoir les outcomes). Cette confusion mène souvent à des projets déconnectés des enjeux stratégiques de l’organisation, où la finalité réelle de la transformation s’égare dans la mise en place de processus ou d’outils. Pour éviter cet écueil, il est crucial de structurer les bénéfices attendus en travaillant de concert avec les outcomes, afin de relier intention stratégique et actions concrètes.

7.7 — Pourquoi une analyse BOO est essentielle ?

Définir un Big Hairy Audacious Goal (BHAG) permet d’insuffler une ambition inspirante à l’entreprise, mais si cette ambition reste floue et inaccessible sans ancrage opérationnel, elle perd rapidement son impact. Un des principaux écueils des transformations d’entreprise est de confondre les moyens et les résultats, les livrables (outputs) et les impacts réels (outcomes et bénéfices). Trop souvent, les entreprises mesurent la réussite d’une transformation par le nombre d’initiatives mises en œuvre, d’outils déployés ou de nouvelles structures adoptées. Or, la finalité d’une transformation ne réside pas dans la production d’artefacts, mais dans la création d’un impact réel et mesurable, tant sur le plan business qu’organisationnel. L’analyse BOO (Bénéfices, Outcomes, Outputs) permet de structurer cette réflexion et d’assurer que chaque action entreprise contribue de manière tangible à la transformation souhaitée. Cet outil sert à aligner les efforts autour des impacts réels, en mettant en lumière ce qui génère de la valeur pour l’entreprise et ses parties prenantes.

7.8 — Définition des trois niveaux d’impact

L’analyse BOO (Bénéfices, Outcomes, Outputs) permet de structurer cette réflexion et d’assurer que chaque action entreprise contribue de manière tangible à la transformation souhaitée. Cet outil sert à aligner les efforts autour des impacts réels, en mettant en lumière ce qui génère de la valeur pour l’entreprise et ses parties prenantes. L’approche BOO repose sur la distinction entre trois niveaux d’impact : Bénéfices : Ce sont les gains stratégiques et globaux recherchés par l’entreprise. Ils constituent l’impact ultime de la transformation et répondent à la question : Qu’apporte réellement cette transformation ? Exemples : augmentation de la rentabilité, amélioration de la satisfaction client, différenciation concurrentielle. Outcomes : Il s’agit des effets mesurables qui contribuent à ces bénéfices. Les outcomes permettent de suivre la progression vers l’objectif final et sont des indicateurs intermédiaires de succès. Exemples : amélioration des délais de livraison, baisse du churn client, engagement accru des employés. Outputs : Ce sont les livrables concrets qui facilitent la mise en œuvre des outcomes. Ils représentent les moyens nécessaires à l’atteinte des résultats. Exemples : mise en place d’un CRM, adoption d’un cadre agile, automatisation d’un processus métier. L’approche BOO est essentielle pour éviter de se concentrer uniquement sur les outputs (faciles à produire mais non garants de valeur réelle) et pour assurer que chaque action contribue réellement aux outcomes et bénéfices attendus. Prenons l’exemple d’une entreprise industrielle souhaitant réaliser une transformation digitale dans le domaine de la maintenance prédictive. BHAG : Devenir le leader mondial de la maintenance prédictive. Bénéfices : Réduction des coûts de maintenance. Différenciation par l’innovation. Satisfaction accrue des clients grâce à une diminution des arrêts machine. Outcomes : Réduction des pannes de 40 %. Optimisation du stock de pièces détachées pour réduire les coûts. Amélioration de la réactivité des interventions. Outputs : Déploiement d’une plateforme IoT pour collecter et analyser les données des équipements. Formation des techniciens à l’analyse des données de maintenance. Refonte des processus de maintenance en intégrant l’anticipation des pannes. Cette analyse BOO permet de structurer la transformation en s’assurant que chaque action entreprise (outputs) a bien un effet mesurable (outcomes) qui conduit à l’impact final recherché (bénéfices).

7.9 — REXP : De la vision à l'action grâce aux bénéfices et outcomes

Dans tout projet de transformation, il est essentiel de garder en tête la finalité : ce que la transformation doit réellement apporter. Trop souvent, les projets s'enlisent dans les moyens — les outputs, comme la planification, les outils ou les méthodologies — au lieu de se concentrer sur les bénéfices attendus. Pour éviter cet écueil, j'ai adopté une méthode permettant d'articuler les bénéfices stratégiques et les outcomes de manière concrète et mesurable.

Étape 1 : Identifier les bénéfices stratégiques

Lors de la transformation du cabinet de conseil dans lequel je suis associé, nous avons identifié huit bénéfices majeurs qui devaient guider notre projet. Ces bénéfices étaient conçus comme des objectifs finaux, représentant les gains attendus pour l'organisation. Voici quelques exemples : Planification du développement durable : Accroître la valeur créée par l'entreprise grâce à une planification stratégique alignée et continue. Culture agile et valeurs comme moteur de croissance : Mobiliser l'intelligence collective pour renforcer l'innovation, la cohésion et l'adaptabilité. Collaborateurs alignés et fidèles : Garantir l'engagement des collaborateurs grâce à une intégration claire dans la stratégie et des plans d'évolution adaptés. Mettre en marche de nouvelles offres : Conquérir de nouveaux marchés en diversifiant nos propositions à fort potentiel. Ces bénéfices, en apparence ambitieux, pourraient facilement rester au stade de simples intentions sans une méthode précise pour leur donner du corps. C'est ici qu'intervient le travail sur les outcomes.

Étape 2 : Travailler en parallèle sur les outcomes

Prenons l'exemple du premier bénéfice, la planification du développement durable. À travers ce bénéfice, nous visons à établir une démarche structurée qui maximise l'impact des actions, optimise les ressources et garantit des résultats durables. Nous avons formulé le bénéfice attendu suivant : Cependant, pour transformer cette intention en réalité, nous avons travaillé simultanément sur les outcomes suivants :

Étape 3 : Rassembler les outcomes pour structurer la stratégie

En regroupant ces outcomes, nous avons pu non seulement clarifier les objectifs associés au bénéfice, mais aussi poser les bases d'une stratégie complète. Chaque outcome a contribué à donner du sens et de la substance au bénéfice, en explicitant les étapes nécessaires à son atteinte. Ensemble, ces outcomes ont fourni une vision claire des tactiques à adopter, qui ont ensuite été traduites en un plan de transformation stratégique. Ce plan, lui-même modulé par les priorités, le contexte et le rythme de l’organisation, s'est progressivement déployé, assurant une exécution cohérente et fluide.

Synthèse : Une méthode redoutablement efficace

Cette méthode de travail — articuler les bénéfices et outcomes dès le départ — a permis de réduire l'ambiguïté et d'aligner les parties prenantes. En structurant la vision autour des bénéfices tout en définissant les outcomes, nous avons évité de tomber dans le piège d'une transformation hors-sol, souvent déconnectée des besoins réels de l'organisation. Pour conclure, cette approche ne se limite pas à la définition d’un plan. Elle agit comme un outil de gouvernance distribué, permettant à chaque acteur de comprendre non seulement pourquoi nous transformons l’organisation, mais aussi comment y contribuer de manière concrète et mesurable. En rassemblant ces outcomes, non seulement le bénéfice est devenu tangible, mais il a également servi de base pour construire une stratégie cohérente. Les outcomes ont permis de : Structurer une vision partagée, alignée sur les priorités de l’entreprise. Identifier des jalons intermédiaires pour mesurer la progression vers le bénéfice. Définir les bases d’une planification stratégique en phase avec les capacités et le contexte de l’organisation.

TIP

Ce travail simultané sur les bénéfices et les outcomes a été déterminant pour éviter l’écueil fréquent des ambitions « hors sol ». En donnant du corps aux bénéfices, nous avons pu créer une feuille de route claire et actionnable, tout en restant flexibles pour intégrer les priorités et les contraintes au fil de la transformation.

Cette approche méthodique et rigoureuse est une clé pour réussir toute transformation d’envergure. Les bénéfices deviennent plus que des intentions : ils se transforment en vecteurs de valeur, portés par des résultats concrets et mesurables.

7.10 — Comment prioriser les impacts ?

Toutes les transformations ne peuvent pas être menées de front avec la même intensité. Il est essentiel de prioriser les initiatives en fonction de leur impact réel sur les outcomes et les bénéfices attendus. Deux outils peuvent être particulièrement utiles dans cette démarche : Analyse WSJF → fiche WSJF (Weighted Shortest Job First) : Cette méthode, issue du framework SAFe, permet d’arbitrer les initiatives en fonction de leur valeur ajoutée et de leur rapidité de mise en œuvre. Elle repose sur quatre critères : Coût du retard (Cost of Delay) : Quelle est la perte si l’initiative est retardée ? Valeur métier : Quel est l’impact attendu sur l’organisation ? Risque et opportunité : Réduit-elle un risque majeur ou ouvre-t-elle une nouvelle opportunité ? Temps de réalisation : Combien de temps faut-il pour la mettre en œuvre ? Matrice Impact / Effort : Cette approche plus simple permet de cartographier les initiatives en fonction de leur valeur et de l’effort nécessaire à leur réalisation. Elle classe les actions en quatre catégories : Priorités immédiates (fort impact, faible effort). Investissements stratégiques (fort impact, fort effort). Actions opportunistes (faible impact, faible effort). Initiatives à éviter (faible impact, fort effort). L’utilisation de ces outils permet de concentrer l’énergie et les ressources sur les initiatives qui maximisent la valeur et d’éviter les dispersions dans des projets à faible impact.

→ Voir aussiA.2 — Outils de priorisation (WSJF, MoSCoW…)

7.11 — Transition vers le Business Model Canvas (BMC)

Business Model Canvas
Le BMC — neuf blocs pour visualiser les capacites a developper

Définir les bénéfices et outcomes est clé, mais encore faut-il se doter des capacités organisationnelles nécessaires pour les atteindre. La dernière étape consiste donc à structurer les moyens à mettre en œuvre pour garantir l’atteinte des impacts attendus. C’est ici qu’intervient le Business Model Canvas (BMC → fiche BMC), un outil puissant pour visualiser les piliers à développer. Il permet d’identifier : Les ressources clés à mobiliser. Les activités essentielles à mettre en place. Les partenaires stratégiques à impliquer. Les flux financiers à ajuster pour soutenir la transformation. Ainsi, après avoir traduit une ambition (BHAG) en impacts concrets (BOO), le BMC permettra de concevoir un modèle organisationnel aligné avec ces objectifs, garantissant ainsi une exécution efficace et durable de la transformation.

→ Voir aussiCh.8 — Stratégie → feuille de route · Ch.9 — Planifier la transformation

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